ANKH: Egyptologie et Civilisations Africaines
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Hiéroglyphes de l’Égypte ancienne sur ordinateur

 

Cheikh M’Backé DIOP

Les prémisses de l'écriture hiéroglyphique

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Liste de signes hiéroglyphiques et leur signification

 

 

L'écriture de l'ancienne Égypte naît, il y a plusieurs millénaires en Afrique, dans la vallée du Nil. Elle est la première des écritures négro-africaines attestées. Parmi celles-ci citons les écritures méroïtique, vaï, mende, nsibidi, bamoum décrites par Théophile OBENGA dans son livre L'Afrique dans l'Antiquité - Egypte ancienne-Afrique noire (Paris, Présence Africaine, 1973). 

 

 

 

L'égyptologue Jean VERCOUTTER écrit : "L'Égypte fut le premier pays d'Afrique à utiliser l'écriture. Si l'on en juge par l'emploi dans le système hiéroglyphique de "pictogrammes" représentant des objets qui n'étaient plus utilisés depuis longtemps au début de l'époque historique, il est possible de fixer son invention à l'époque amratienne dite aussi du Nagada I, c'est-à-dire vers -4000, si l'on suit les dates proposées par la méthode du carbone 14." [Cf. L'Histoire Générale de l'Afrique,  Paris, Jeune Afrique/Stock/UNESCO, 1978, p. 27] (L'Amratien tire son nom de El-Amrah, dénomination d'un site se trouvant près d'Abydos en Haute Égypte, voir carte ci-dessus).

 

 

 

Premières attestations de l'écriture hiéroglyphique, Abydos, vers 3400 av. J.C. [38].

 

 

 

Ce texte se lit djw akh qui signifie "La montagne de lumière", c'est-à-dire l’Est, l’endroit où se lève le soleil. Le serpent se lit dj et la montagne djw. Mais l’ensemble se lit djw signifiant "montagne", car le serpent est juste utilise comme complément phonétique. L’oiseau, l’ibis à crête, se lit akh qui signifie "lumière", [Théophile OBENGA, 38].

 

 

Les Égyptiens anciens attribuaient son invention au dieu THOT qui est représenté dans l'écriture égyptienne par le hiéroglyphe de l'ibis sacré sur un support : y.

 

 

Le Dieu THOT avec le matériel du scribe : Tombe de MENNA, 18e dynastie ; THOT est l'inventeur de l'écriture selon la tradition de l'Égypte ancienne. THOT est le patron des scribes” (G. POSENER, S. SAUNERON, J. YOYOTTE, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Fernand Hazan, 1970, pp. 286-287). (Photo de O. TIANO ; cf. S. SAUNERON, Les Prêtres de l'Égypte ancienne, Paris, Perséa, 1988, p. 128).

 

 

Les documents disponibles montrent que le système de l'écriture égyptienne est déjà pleinement constitué en - 3150 av. J.-C. [5].Les découvertes et travaux les plus récents (cf. Günter DREYER, "Recent Discoveries at Abydos Cemetery U", in The Nile Delta in Transition : 4th-3th Millenium BC, E.C. M. Van  Den Brink Editor, Tel Aviv, 1992, pp. 293-1299, V. DAVIES, R. FRIEDMANN, Egypt Uncovered, London, British Museum Press,  1998) confirment   l'ancienneté de l'écriture égyptienne  et l'antériorité par rapport à la Mésopotamie, contrairement à l'opinion généralement répandue en dépit de la réalité des faits.

 

Morceau de terre cuite avec inscription à l'encre noire, Abydos ; vers 3150-3100 av. J.-C. On y reconnaît en particulier la lettre L : "n". Fragment de vase au nom du roi Ka. Louvre E29885 © RMN

 

 

La stèle de Merneith, Abydos ; vers 3000 av. J.-C. Le hiéroglyphe de la houek "mr" y est parfaitement reconnaissable.     Louvre E21715 © RMN

Les textes méroïtiques les plus anciens connus (découverts à Naga) remontent au règne de SHANAKDAKHETE, reine de l'Empire de Koush (capitale Méroé) en 170 av. J.C. L'écriture méroïtique a été déchiffrée par l'anglais F.L. GRIFFITH en 1909, mais la langue méroÏtique reste incomprise à ce jour.

 

 

 

 

 

 

Les écritures nsibidi, mende, vaï,  Cf. ThéophileOBENGA, L'Afrique dans l'Antiquité - Egypte ancienne-Afrique noire (Paris, Présence Africaine, 1973).

 

 

 

1. Les divers types d'écritures égyptiennes

 

Sur la durée de l'histoire de l'Égypte antique (période précédant la date de 332 av. J.C. qui marque la perte définitive par les Égyptiens anciens de la maîtrise de leur destin national) on distingue très schématiquement quatre types d'écriture :

 

Les hiéroglyphes : ce sont les "GRAMMATA IEROGLUFIKA" des auteurs grecs, ou "caractères sacrés sculptés", [6, p. 1].

 

Jean-François CHAMPOLLION (1790-1832), le déchiffreur de l'écriture égyptienne, établit la distinction entre :

. le hiéroglyphe pur, celui gravé sur les monuments, et le hiéroglyphe linéaire (ou abrégé), qui en est une forme dérivée simplifiée, plus aisée à utiliser :

 

"Ces hiéroglyphes linéaires formaient, à proprement parler, l'écriture hiéroglyphique la plus usuelle, c'est-à-dire l'écriture des livres, tandis que les hiéroglyphes purs furent toujours l'écriture des monuments publics.", [6, p. 12, § 29].

 

L'hiératique : il constitue un second niveau de simplification des hiéroglyphes. Cette écriture est utilisée par l'intelligentsia égyptienne, les prêtres, d'où le terme "IERATIKH" qu'employaient les Grecs pour la désigner [6], [7], [5].

 

L'hiératique anormal : il s'agit d'une cursive qui apparaît en Haute Égypte (Thèbes), durant le règne des XXIe-XXIIe dynasties (vers 1000 av. J.C.), [5], [8].

 

Le démotique : ou écriture "populaire" apparaît vers 650 av. J. C. ; c'est également une écriture cursive [9], [5].

 

Le copte (IIe siècle après J.-C.) est la langue égyptienne de l'époque romaine, byzantine et arabe ; il constitue le dernier stade de la langue égyptienne ancienne. Il s'est parlé en Haute Égypte jusqu'au XVIIe siècle et dans les monastères jusqu'au XIXe siècle. L'alphabet copte comporte les lettres grecques (sans accents, ni esprits) et des signes issus de l'écriture démotique [34, pp. 19 - 24], [35, pp. 28-34].

 

 

Jean-François CHAMPOLLION (1790-1832), le déchiffreur de l'écriture hiéroglyphique égyptienne

 

« L'espoir de pénétrer enfin tous les mystères de ce système graphique s'était réveillé tout à coup dans le monde savant, à la seule annonce de la découverte d'un monument bilingue trouvé à Rosette. Un officier du génie, attaché à la division de notre armée d'Egypte qui occupait la ville de Rosette, M. Bouchard, trouva en août 1799, dans des fouilles exécutées à l'ancien fort, une pierre de granit noir, de l'orme rectangulaire, dont la face bien polie offrait trois inscriptions en trois caractères différents. L'inscription supérieure, détruite ou fracturée en grande partie, est en écriture hiéroglyphique ; le texte intermédiaire appartient à une écriture égyptienne cursive, et une inscription en langue et en caractères grecs occupe la troisième et dernière division de la pierre. »

 

 

La "pierre de Rosette", British Museum à Londres

 

.

 

 

« Mes travaux ont démontré que la vérité se trouvait précisément entre ces deux hypothèses extrêmes : c'est-à-dire que le système graphique égyptien tout entier employa simultanément des signes d'idées et des signes de sons ; que les caractères phonétiques, de même nature que les lettres de notre alphabet, loin de se borner à la seule expression des noms propres étrangers, formaient au contraire la partie la plus considérable des textes égyptiens hiéroglyphiques, hiératiques et démotiques, et y représentaient, en se combinant entre eux, les sons et les articulations des mots propres à la langue égyptienne parlée.

 

Ce point de fait fondamental, démontré et développé pour la première fois en 1824 dans mon ouvrage intitulé Précis du système hiéroglyphique [Réimprimé en 1828], étant appliqué à une foule de monuments originaux, a reçu les confirmations les plus complètes et les moins attendues. Seize mois entiers passés au milieu des ruines de la Haute et de la Basse-Égypte, grace à la munificence de notre gouvernement, n'ont apporté aucune sorte de modification à ce principe, dont j'ai eu tant et de si importantes occasions d'éprouver la certitude comme l'admirable fécondité.

 

Son application seule a pu me conduire à la lecture proprement dite des portions phonétiques, formant en réalité les trois quarts au moins de chaque texte hiéroglyphique : de là est résultée la pleine conviction que la langue égyptienne antique ne différait en rien d'essentiel de la langue vulgairement appelée copte ou cophthe ; que les mots égyptiens écrits en caractères hiéroglyphiques sur les monuments les plus antiques de Thèbes, et en caractères grecs dans les livres coptes, ont une valeur identique et ne diffèrent en général que par l'absence de certaines voyelles médiales, omises, selon la méthode orientale, dans l'orthographe primitive. Les caractères idéographiques ou symboliques, entremêlés aux caractères de son, devinrent plus distincts ; je pus saisir les lois de leurs combinaisons, soit entre eux, soit avec des signes phonétiques, et j'arrivai successivement à la connaissance de toutes les formes et notations grammaticales exprimées dans les textes égyptiens, soit hiéroglyphiques, soit hiératiques. » Jean-François Champollion dit Champollion-le-jeune. Extrait de son Discours d’introduction à son cours sur  la Grammaire égyptienne au Collège royal de France, le 10 mai 1831.

 

 

 Les hiéroglyphes purs et linéaires, le hiératique, le copte. Jean-François CHAMPOLLION, Grammaire égyptienne

 

 

2. Les modes de graphie des hiéroglyphes

 

Les hiéroglyphes étaient :

— sculptés en creux, en relief, en relief dans le creux, dans des matériaux de natures diverses : la pierre, le bois, l'os, etc.

 

 

 

     

 

 

Exemples de hiéroglyphes sculptés en creux et en relief dans la pierre (Louxor).

 

— écrits à l'encre noire et/ou rouge à l'aide d'un roseau (calame) ou d'un pinceau, sur du papyrus, par exemple.

 

                                            

                                   Extrait Papyrus Ani (« Livre des Morts »)                                                                             Papyrus mathématique du scribe Ahmès                    

                                         vers 1500 av. J.-C, British Museum.                                                                           vers 1650 av. J.-C. [Papyrus Rhind], British Museum.

 

 

 

Le matériel du scribe : – à droite une palette de scribe au nom de TOUTANKHAMON, XVIIIe dynastie. La planchette en bois comporte : un plumier contenant les calames ainsi que deux trous de section circulaire, encriers qui contenaient de l'encre rouge et de l'encre noire. à gauche, un coupe papyrus. en arrière-plan, un papyrus. Louvre N8424-3280 © RMN.

 

 

En outre les hiéroglyphes pouvaient être peints en rouge, vert, bleu, jaune etc.; le choix des couleurs obéissait à des règles [6, p. 6, § 9 et 10].

 

 

 Tombe de Ramsès Ier. Vallée des rois, Thèbes, vers 1300 av. Jésus-Christ.

 

 

 

3. La disposition des hiéroglyphes

 

Les textes hiéroglyphiques étaient disposés soit en colonnes (lecture verticale) soit en ligne (lecture horizontale).

 

 

Le sens de la lecture est déterminé par l'orientation des êtres animés : "il faut aller en quelque sorte à leur rencontre" [10, p. 44].

 

D'autre part on peut regrouper les hiéroglyphes par type de forme : verticale, horizontale, hiéroglyphes de petites tailles.

 

Le scribe était soucieux de l'esthétique du texte ciselé dans la pierre, calligraphié sur le papyrus. Les égyptologues ont introduit la notion de carrure du groupe pour désigner l'un des principes de la disposition relative des signes : les hiéroglyphes sont regroupés dans un carré (ou éventuellement dans un rectangle) imaginaire, nommé cadrat (ou quadrat) comme l'illustre l'exemple ci-dessous [10, p. 44] qui montre aussi que l'organisation des signes dans le cadrat dépend de leurs formes :

 

 

 

4. Le classement des hiéroglyphes

 

Jean-François CHAMPOLLION établit, dans Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne, une classification des hiéroglyphes qui associe à une catégorie de signes une lettre de l'alphabet :

 

"Quelle que soit l'époque à laquelle remonte l'invention des caractères hiéroglyphiques, leur série entière considérée quant à la forme matérielle seulement, abstraction faite de la valeur propre à chacun d'eux, reproduit des images distinctes de toutes les classes d'êtres que renferme la création ; on y observe successivement en effet seize genres d'objets figurés :

 

A. Des images de corps célestes

B. L'homme de tout âge, de tout sexe, de tout rang …

C. Les divers membres ou parties du corps humain

D. Les quadrupèdes …", etc. [6, p. 3, § 7].

 

Ses successeurs conservent ce principe de classement des hiéroglyphes mais l'aménagent et l'enrichissent. La classification de la Sign List du grand égyptologue anglais Sir A. GARDINER [11, pp. 438-548] s'est imposée aux égyptologues. La dénomination de ses différentes sections est rappelée ci-après (le nombre de signes est indiqué entre parenthèses) :

 

Section A. Hommes. (58)

Section B. Femmes. (7)

Section C. Divinités anthropomorphes. (16)

Section D. Parties du corps humain. (66)

Section E. Mammifères. (35)

Section F. Parties de mammifères. (52)

Section G. Oiseaux. (36)

Section H. Parties d'oiseaux. (9)

Section I. Sauriens, amphibiens, reptiles. (16)

Section K. Poissons. (6)

Section L. Invertébrés. (7)

Section M. Arbres et plantes. (44)

Section N. Ciel, terre et eau. (43)

Section O. Constructions, parties d'édifices. (51)

Section P. Bateaux. (12)

Section Q. Mobilier de la maison et de la tombe. (7)

Section R. Mobilier sacré et matériel de culte. (25)

Section S. Couronnes, vêtements. (47)

Section T. Armes, chasse, boucherie. (38)

Section U. Instruments (41)

Section V. Cordes, corbeilles, sacs. (39)

Section W. Vases. (26)

Section X. Pains. (8)

Section Y. Ecriture, jeux, musique. (8)

Section Z. Traits, figures géométriques. (11)

Section Aa. Signes de définition incertaine. (31)

 

Un code identifie chaque signe dans les différentes catégories. Dans la Sign List de GARDINER c'est la lettre spécifiant la section suivie du numéro du hiéroglyphe dans cette section. Dans le Catalogue de la fonte hiéroglyphique de l'IFAO (Institut Français d'Archéologie Orientale) [12] c'est le numéro de la page dans le Catalogue suivi du numéro du hiéroglyphe sur cette page ; il est distinct du numéro de fonte du hiéroglyphe (indiqué entre parenthèses dans l'exemple donné ci-après), utile au typographe.

Par exemple, le hiéroglyphe de l'ibis sacré sur un support – qui désigne le dieu THOT, inventeur de l'écriture – et le hiéroglyphe représentant le matériel du scribe – palette, godet et calame – ont pour codes d'identification :

y G26 dans la Sign List de GARDINER [11] ; 182,16 (1310) dans le Catalogue de la fonte hiéroglyphique de l'IFAO [12],

nY4 dans la Sign List de GARDINER [11] ; 182,16 (418, b) dans le Catalogue de la fonte hiéroglyphique de l'IFAO [12].

 

Sur l'ensemble de la durée de l'histoire égyptienne c'est plus de 7000 signes différents qui ont pu être répertoriés par les égyptologues, mais dont le sens n'est pas toujours compris. Ainsi l'égyptien classique (du Moyen Empire au début du Nouvel Empire) comporte de l'ordre de 700 signes et l'écriture en usage sous les dominations grecque et romaine en contient plus de 5000 (le ptolémaïque) [5].

 

Cependant un ensemble de signes (consonnes et voyelles) a été identifié par les spécialistes comme constituant un alphabet : ils sont appelés signes alphabétiques ou signes unilitères ; nous en donnons la liste ci-après, suivie de l'alphabet copte :

 

asMR,ojpLLcydxDBHAOEBQaDkWm

 

 

 

 

 

 

5. Les fontes de l'imprimerie traditionnelle

 

Le développement des études égyptologiques en Europe devait tout naturellement conduire à la création de fontes de signes hiéroglyphiques. Nous mentionnerons les trois principales :— En France, l'Imprimerie nationale abrite une fonte de signes hiéroglyphiques comprenant 4140 poinçons en acier, classée monument historique. Les caractères de cette fonte ont été dessinés par J.-J. DUBOIS et Eugène DEVÉRIA, sous la direction de Emmanuel de ROUGÉ, et gravés par DELAFOND et RAMÉ fils de 1842 à 1852 [ 12], [14], [5].

 

Le type hiéroglyphique de l'Imprimerie nationale française a été en particulier utilisé par E. CHASSINAT, en 1907, pour constituer la fonte hiéroglyphique de l'Imprimerie de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO) du Caire. L'IFAO réédite en 1983, à l'initiative de feu l'égyptologue Serge SAUNERON, le Catalogue de la fonte hiéroglyphique de l'imprimerie de l'IFAO [12], [14], qui comporte environ 7000 signes.— En Allemagne, le célèbre égyptologue R. LEPSIUS, à son retour d'expédition en Égypte et au Soudan, en 1846, initie la création d'une fonte de hiéroglyphes dont le type est calqué sur les hiéroglyphes de l'époque saïte (XXVIe dynastie). Les caractères en sont dessinés par son collaborateur, Ernst WEIDENBACH. Ils sont gravés par Ferdinand THEINHARDT. La fonte porte le nom de ce dernier. Elle comporte plus de 1500 signes [14].

 

— En Angleterre, Sir A. GARDINER fait réaliser, par M. et Mme de GARIS DAVIES, au cours des années 20, une fonte de caractères hiéroglyphiques dont le dessin se réfère à l'épigraphie de la XVIIIe dynastie. La première édition (1927) de L'Egyptian Grammar de GARDINER a été faite avec cette fonte. L'image de celle-ci est représentée par la Sign List déjà mentionnée plus haut. La fonte de GARDINER est utilisée en Grande-Bretagne par l'Oxford University Press, et la Fondation Égyptologique Reine ELISABETH pour leurs publications [14].

 

Un exemple (tiré de la référence [14, p. 66]) des différents types hiéroglyphiques que l'on vient de citer est donné ci-après :

 

 

 

Les différents types de fontes traditionnelles de caractères hiéroglyphiques : le type hiéroglyphique de l'IFAO (France, 1842), THEINHARDT (Allemagne, 1846, GARDINER (Angleterre, 1920) ; (source : JANSSEN Jozef M. A., "Les listes de signes hiéroglyphiques", in Textes et langages de l'Égypte pharaonique – Cent cinquante années de recherches, 1822-1972 – Hommage à Jean-François CHAMPOLLION, Paris, Le Caire, IFAO 456, p. 66).

 

L’égyptologue Serge SAUNERON rappelle le caractère conventionnel de ces fontes hiéroglyphiques d’imprimerie :

 

"Inévitablement, l'étudiant égyptologue apprend la langue et l'écriture égyptiennes dans une grammaire imprimée, où les signes ont une forme stéréotypée. Quand il se trouve en face de monuments authentiques, il est souvent quelque peu dérouté ; le style des hiéroglyphes a varié au cours des  temps, non seulement selon que l'on a affaire à un texte soigné ou négligé, mais dans les formes, dans les proportions, dans les groupements." [13, p. 42].

 

 

6. Hiéroglyphes sur ordinateur, un bref historique

 

Divers travaux divers ont été menés, visant à appliquer les techniques de l'informatique à l'égyptologie : constitution de banque de données, développement d'outils de recherche documentaire, de saisie et d'impression de textes en hiéroglyphes, de recherches lexicales et grammaticales dans un texte, etc.

 

Dès 1969, Jan BUURMAN obtient ses premiers hiéroglyphes à l'aide de l'informatique [15]. Il écrit un logiciel, GLYPH, initialement en langage informatique ALGOL 60, réécrit au début de 1986 en langage FORTRAN 77, capable de produire des textes hiéroglyphiques par ordinateur. Les spécifications techniques du logiciel GLYPH et des programmes qui lui sont associés sont précisées dans la référence [15].

 

En 1984, une table ronde de la Fondation HUGOT ayant pour thème "Informatique appliquée à l'Égyptologie" est organisée par le CNRS (Centre National pour la Recherche Scientifique, France) à Paris. Elle a pour but de susciter dans ce domaine la coopération internationale et l'uniformisation des moyens de traitement et de transmission des données égyptologiques [15], [16].

 

Une de ses retombées est la rédaction de "L'inventaire des signes hiéroglyphiques en vue de leur saisie informatique", réalisée par Jan BUURMAN et al. et dont la dernière édition a été publiée par l'Institut de France [16], [17].

 

Les contributions rassemblées dans la revue Informatique et Égyptologie [15], [16] et [17], illustrent bien la diversité des approches adoptées compte tenu de l'état de développement de l'informatique jusqu'en 1987.

 

Dans le quotidien français Le Monde du 29-30 janvier 1984, un article intitulé "Le scribe à l'ordinateur" [18], décrit succinctement la méthode mise en œuvre par Michael HAINSWORTH, alors responsable du Laboratoire d'informatique pour les sciences de l'homme au CNRS et une équipe française dirigée par l'égyptologue Jean LECLANT pour reproduire les textes de la pyramide du pharaon PÉPI 1er. Cette méthode combine caméra vidéo, micro-ordinateur APPLE II et gros ordinateur IBM (de l'époque : IBM 370) [Cf. aussi Michael HAINSWORTH, "Traitement des textes en hiéroglyphique égyptien" in L'Égyptologie en 1979 – Axes prioritaires de recherches ; Colloques Internationaux du CNRS, n°595, Vol. II, pp. 19-23].Se sont donc ouvertes des perspectives nouvelles pour l'élaboration d'outils et de procédures destinés à la composition de textes hiéroglyphiques sur ordinateur. C'est ainsi que les références [25], [26] et [17], se rapportent à des développements réalisés  sur MACINTOSH respectivement en France – système SECHAT de Richard Alain JEAN, Yves CHAULIN, Dimitri MEEKS – et aux USA – fonte MacHieroglyphics de W. G. HUPPER –.

 

Lors de sa disparition, le 7 février 1986, Cheikh Anta DIOP* laissait presque achevée une étude sur la langue égyptienne ancienne et les langues négro-africaines modernes [1]. Le manuscrit comportait de nombreuses expressions hiéroglyphiques, elles-mêmes translittérées, qu'il fallait reproduire en vue de l'édition. Il apparaissait extrêmement difficile de faire exécuter ce travail par les moyens de l'imprimerie traditionnelle pour des raisons, entre autres, de coûts et de délais. D'autre part, nous constations l'inexistence sur le marché de la micro-informatique de logiciels de traitement de texte pour hiéroglyphes avec une police de signes associée. Telles sont les circonstances qui, en 1987,  nous ont amené à créer une fonte “laser” de signes hiéroglyphiques, de nom générique AmonFont, et à définir son mode d'utilisation afin d'être capable de composer un texte hiéroglyphique en wysiwyg (acronyme de what you see is what you get.) sur ordinateur MACINTOSH (en utilisant le logiciel graphique SUPERPAINT  [20]), puis de l'éditer avec une haute qualité d'impression sur une imprimante laser ou une flasheuse  (photocomposeuse) comme la Linotronic 300 de chez LINOTYPE.

 

Nous avons créé, dès 1988, AmonFont, la première fonte PostScript (ou laser) de hiéroglyphes selon le type de l'IFAO, pour ordinateur MACINTOSH [27], [28] et [29].

 

Dans le domaine de l’informatique, en langue française le terme de police de caractères s'emploie plus volontiers que celui de fonte, que la langue anglaise a retenu. Nous avons choisi pour modèle, le type hiéroglyphique de l'IFAO ; ce choix repose d'une part sur la simplicité du dessin à exécuter et de l'autre sur la richesse en signes répertoriés dans le catalogue français [12]. Pour élaborer une police hiéroglyphique nous avons procédé de la manière suivante :

 

- production des dessins bitmap, c'est-à-dire point par point, représentant les hiéroglyphes, à partir d'épreuves digitalisées par un scanner,

- création des dessins vectorisés à partir des dessins bitmap qui servent de "patrons" (patterns). C'est ce dessin vectorisé, qui, décrit en langage PostScript, sera interprété par l'imprimante laser ou la flasheuse.

 

Le dessin bitmap a été fait à l'aide du logiciel graphique MACPAINT (sur MACINTOSH), à l'écran de l'ordinateur dont la résolution est de 72 dpi. On montre, ci-dessous,  un exemple du résultat obtenu pour quelques hiéroglyphes (A12, B5, D10, G22, T19, U10 de la Sign List de A. GARDINER) :

 

 

Le dessin vectorisé consiste en un tracé qui décrit le contour du dessin bitmap. Cette opération a été effectuée sur MACINTOSH grâce au logiciel FONTOGRAPHER,"Professional Font Editor for Apple's Laser Writer and other PostScript Compatible Devices" [22].

 

Il est intéressant de noter que FONTOGRAPHER applique, dans un espace à deux dimensions, une méthode de représentation d'un objet issue des recherches menées en Conception Assistée par Ordinateur (CAO), dont certaines très fécondes l'ont été, en France, par les mathématiciens Paul FAGET de CASTELJAU et Pierre BÉZIER respectivement dans les firmes automobiles Citroën et Renault. Il s'agit de l'emploi des fameuses courbes de BÉZIER, qui sont des fonctions polynômiales à cœfficients vectoriels, capables d'épouser le contour, ici d'un signe hiéroglyphique, quelle que soit sa complexité. Leur particularité est :

 

— d'offrir la possibilité de décrire le  contour d'un objet de forme complexe avec un nombre réduit de points,

 

— d'introduire les notions très utiles de division et de retouche,

 

— de posséder les propriétés d'invariance par translation, rotation et changement d'échelle, ce qui est essentiel pour la mise au point d'une fonte et sa production en des tailles différentes.

 

Les auteurs de la référence [30] illustrent bien dans leur livre la puissance de représentation des courbes de BÉZIER comparativement aux autres méthodes plus classiques d'interpolation ou d'approximation (interpolation linéaire, B-Spline).

 

Le logiciel FONTOGRAPHER affecte un hiéroglyphe à chaque touche du clavier et par ailleurs,  il a pour fonction de générer :

 

— la description de la police bitmap (ou police point par point) utilisable avec une imprimante classique (à aiguilles ou jet d'encre),

 

— la description des caractères hiéroglyphiques en langage PostScript, destiné à être interprété au moment de l'impression par l'imprimante laser ou tout autre dispositif d'impression supportant le langage PostScript tel que la Linotronic 300 de chez Linotype

 

FONTOGRAPHER constitue de cette manière des fichiers informatiques spécifiques contenant les polices de caractères hiéroglyphiques ; par un utilitaire approprié celles-ci peuvent être chargées dans le système de l'ordinateur de façon à être utilisées comme toute police usuelle (Times, Helvetica, etc.) dans n'importe quel logiciel pourvu d'un menu Caractères.

 

Ci-dessous sont reproduits les dessins vectorisés obtenus avec FONTOGRAPHER et correspondant aux dessins bitmap des hiéroglyphes donnés en exemple plus haut :

 

 

 

 

Utilisation du logiciel FONTOGRAPHER : exécution, à l'écran du MACINTOSH, du dessin "vectorisé" d'un hiéroglyphe avec les courbes de BÉZIER ; on distingue en fond le dessin "bitmap" qui lui a servi de "patron" . Hiéroglyphes représentés dans la classification de GARDINER, de haut en bas : D10 : l'œil d'Horus ; E32 : le singe ; L2 : l'abeille.

 

AmonFont a été par la suite (1999) produite en versions True Type à la fois pour PC et MACINTOSH : télécharger/download.

 

* Cheikh Anta Diop : Égyptologue et historien sénégalais. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Égypte ancienne et le reste de l'Afrique noire (Éditions Présence Africaine, Paris et cf. référence [31]). Il a été l'initiateur du colloque intitulé Le peuplement de l'Égypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique, organisé par l'UNESCO au Caire du 28 janvier au 3 février 1974 dans le cadre de la Rédaction de l'Histoire générale de l'Afrique (cf. Actes du colloque dans Études et Documents 1, Paris, UNESCO, 1978, voir aussi Ankh, Revue d'égyptologie et des civilisations africaines, n°3, juin 1994, KHEPERA). Cheikh Anta DIOP était aussi un physicien. Il avait créé dans les années 1960, au sein de l'Université de Dakar, un laboratoire de datation par le radiocarbone. L'Université de Dakar porte aujourd'hui son nom.

 

 

7. Références

 

[1] DIOP Cheikh Anta, Nouvelles recherches sur l'égyptien ancien et les langues négro-africaines modernes, Éditions Présence Africaine, Paris, 1988.

[2] MOKHTAR Gamal, VERCOUTTER Jean, Histoire Générale de l'Afrique, Paris, Jeune Afrique/Stock/ UNESCO, 1978, p. 27.

[3] OBENGA Théophile, L'Afrique dans l'Antiquité - Égypte pharaonique / Afrique Noire, Présence Africaine, Paris, 1973.

[4] DALBY David, L'Afrique et la lettre/Africa and the Written Word, Diffusion : Éditions Karthala, Paris.

[5] Catalogue de l'exposition Naissance de l 'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, 7 mai-19 août 1982, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, France.

[6] CHAMPOLLION Jean-François, Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne, Institut d'Orient, Paris, 1984.

[7] POSENER Georges, "L'écriture hiératique", in Textes et langages de l'Égypte pharaonique – Cent cinquante années de recherches, 1822-1972 – Hommage à Jean-François CHAMPOLLION, Paris, Le Caire, IFAO 456, pp. 25-30.

[8] MALININE Michel, "L'hiératique anormal", in Textes et langages de l'Égypte pharaonique – Cent cinquante années de recherches, 1822-1972 – Hommage à Jean-François CHAMPOLLION, Paris, Le Caire, IFAO 456, pp. 31-35.

[9] De CÉNIVAL Françoise, "L'écriture démotique", in Textes et langages de l'Égypte pharaonique – Cent cinquante années de recherches, 1822-1972 – Hommage à Jean-François CHAMPOLLION, Paris, Le Caire, IFAO 456, pp. 37-44.

[10] LEFÈBVRE Gustave, Grammaire de l'égyptien classique, Le Caire, IFAO, 1940.

[11] GARDINER Sir Alan, Egyptian Grammar, Oxford, Griffith Institute, third edition, 1976.

[12] Catalogue de la Fonte hiéroglyphique de l'imprimerie de l'IFAO, Le Caire, IFAO, 1983.

[13] SAUNERON Serge, L'Égyptologie, PUF, Coll. "Que sais-je ?", 2e éd., Paris, 1978.

[14] JANSSEN Jozef M. A., "Les listes de signes hiéroglyphiques", in Textes et langages de l'Égypte pharaonique – Cent cinquante années de recherches, 1822-1972 – Hommage à Jean-François CHAMPOLLION, Paris, Le Caire, IFAO 456, pp. 57-66.

[15] Revue Informatique et Égyptologie, n° 1, Paris, CNRS, 1985.

[16] BUURMAN Jan, GRIMAL Nicolas, HAINSWORTH Michael, VAN DER PLAS Dirk, Manuel de codage des textes en hiéroglyphes en vue de leur saisie informatique, 2e édition, Revue Informatique et Égyptologie, n° 2, Paris, CNRS, 1986 ; BUURMAN Jan, GRIMAL Nicolas, HAINSWORTH Michael, HALLOF Jochen, VAN DER PLAS Dirk, Inventaire des signes hiéroglyphiques en vue de leur saisie informatique, Revue Informatique et Égyptologie, n° 2, 3e édition, Institut de France, Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 1988.

[17] GRIMAL Nicolas, HAINSWORTH Michael, Revue Informatique et Égyptologie, n°3, Paris, Société Amadeus, 1987.

[18] GALUS Christiane, Le scribe à l'ordinateur, in Le Monde, 29-30 janvier 1984.

[19] MAC WRITE, logiciel de traitement de texte pour MACINTOSH, Apple France, Les Ulis, France ; WORD 3, 4, 5, logiciels de traitement de texte, Microsoft, Les Ulis France.

[20] SUPERPAINT Version 1., logiciel de dessin, Alpha Systèmes Diffusion, Grenoble, France.

Version récente : ALDUS SUPERPAINT 3.0, Aldus France.

[21] EXPRESSIONIST, The personal Mathematical Equation Editor, Allan Bonadio Associates, San-Francisco, USA.

[22] FONTOGRAPHER, Professional Font Editor for Apple's LaserWriter™ and other PostScript® compatible devices, Altsys Corporation, Texas, USA.

[23] MASINI Gérald, Amedeo NAPOLI, Dominique COLNET, Daniel LÉONARD, Karl TOMBRE, Les langages à objets, Paris, InterÉditions, 1989.

[24] ADOBE SYSTEMS Incorporated, PostScript Language Reference Manual, USA, Addison-Wesley Publishing Company Inc., 15e édition, 1990.

[25] JEAN Richard-Alain, CHAULIN Yves, SECHAT, Système d'Écriture Copte et Hiéroglyphique Apple Tool, 5e Congrès International d'Égyptologie, Le Caire, 1988.

[26] MIER Jean Michel, De la pierre aux cristaux liquides, in Science et Vie Micro, n° 76, octobre 1990, p. 52.

[27] Apple Magazine, n° 7, Décembre 1988, p. 30.

[28] - Science et Vie MACINTOSH, l'édition française de MAC USER, n° 5, juin-juillet 1989, p. 13 ; Mak Fan, n° 13, p. 6 ; Mac-Informatique, n° 13, juin 1989, p. 14 ; Eric CABÉRIA, Égypte sur micro, in Tilt, n° 82, Octobre 1990, p. 38.

[29] DIOP Cheikh M'Backé, Hiéroglyphes et Informatique – AmontFont, fonte PostScript de caractères hiéroglyphiques sur ordinateur MACINTOSH, Paris, KHEPERA, 1989, 1994.

[30] BARTELS Richard, BEATY John C., BARSKY Brian A., B-Splines, Paris, Hermès, Coll. Mathématiques et CAO, 1988.

[31] DIOP Cheikh Anta, Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines, IFAN - Nouvelles Éditions Africaines, Dakar, 1977.

[32] OBENGA Théophile, La Philosophie africaine de la période pharaonique – 2780-330 avant notre ère, Paris, L'Harmattan, 1990.

[33] OBENGA Théophile, La Philosophie africaine de la période pharaonique 2780-330 avant notre ère, Paris, L'Harmattan, 1993.

[34] OBENGA Théophile, L'origine commune de l'égyptien ancien du copte et des langues négro-africaines modernes - Introduction à la linguistique historique africaine, Paris, L'Harmattan, 1993.

[35] NGOM Gilbert, "Parenté génétique entre l'égyptien pharaonique et les langues négro-africaines modernes: exemple du duala", in Ankh, Revue d'égyptologie et des civilisations africaines, n° 2, pp. 28-83.

[36] LAM Aboubacry Moussa, De l'origine égyptienne des Peuls, Paris, Présence Africaine/Khepera, 1993.

[37] Ankh, Revue d'égyptologie et des civilisations africaines, Paris, Khepera.

[38] Ankh, Revue d'égyptologie et des civilisations africaines, Paris, Khepera, n°8/9, 1999-2000 ; Günter Dreyer,"R ecent Discoveries at Abydos Cemetery U", in The Nile Delta in Transition: 4th-3rd millenium B.C., Tel Aviv, E.C. M. Van Den Brink Editor, 1992, pp. 293-299 ; V. David and R. Friedman, Egypt, Londres, British Museum Press, 1998, pp. 35-38.

 

Theophile OBENGA : Africa, the Cradle of Writing

 

 

 

 

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